Comité de pilotage : rôle réel
- Erwan Hernot

- 3 oct. 2025
- 3 min de lecture

Dans de nombreuses organisations, le comité de pilotage est présenté comme l’instance centrale de gouvernance des projets. Il est censé fixer les orientations, arbitrer les priorités, sécuriser les ressources et trancher les décisions structurantes. Sur le papier, son rôle est clair. Dans la pratique, son fonctionnement réel est souvent très éloigné de cette ambition.
Beaucoup de comités se transforment progressivement en chambres d’enregistrement. Les décisions y sont validées plus qu’arbitrées. Les dossiers arrivent déjà préparés, cadrés, parfois verrouillés en amont. Les participants approuvent, posent quelques questions, demandent des précisions, mais évitent soigneusement les sujets qui fâchent. Le comité donne l’illusion d’un pilotage collectif alors qu’il se contente de ratifier des choix déjà faits ailleurs.
Ce glissement est rarement volontaire. Il s’explique par des mécanismes organisationnels profonds. Les membres du comité portent eux-mêmes des enjeux politiques, budgétaires ou de carrière. Arbitrer réellement, c’est accepter de froisser des parties prenantes, de redistribuer des ressources, de créer des perdants. Beaucoup préfèrent donc reporter ces arbitrages vers les niveaux opérationnels, où les tensions seront gérées « localement ».
Chacun protège son périmètre en comité de pilotage
Le comité de pilotage devient alors un espace de sécurisation individuelle plus qu’un lieu de décision collective. Chacun protège son périmètre, défend ses contraintes, évite de s’exposer. Les sujets structurants sont édulcorés, reformulés ou fragmentés pour ne pas générer de conflit frontal. Le consensus apparent masque une absence de choix clairs.
Ce fonctionnement produit un effet pervers majeur : la complexité est déplacée vers les chefs de projet et les managers intermédiaires. Faute d’arbitrages explicites en comité, ils doivent trancher au quotidien sans mandat clair. Ils gèrent les conflits de priorités, les manques de ressources, les injonctions contradictoires. Le système repose alors sur leur capacité d’absorption, ce qui donne l’illusion que le projet avance, tout en fragilisant durablement la gouvernance.
Le rôle réel du comité se révèle ainsi en creux. Lorsqu’il évite les décisions difficiles, il cesse d’être un organe de pilotage stratégique. Il devient un rituel organisationnel, rassurant mais peu efficace. Les réunions s’enchaînent, les supports s’accumulent, les indicateurs sont commentés, mais les arbitrages structurants restent hors champ.
Assumer sa fonction
Pourtant, un comité de pilotage peut jouer un rôle décisif lorsqu’il assume pleinement sa fonction. Cela suppose d’accepter le conflit constructif, de poser les sujets qui dérangent, de rendre visibles les tensions entre objectifs. Arbitrer, ce n’est pas chercher le compromis mou, mais choisir clairement ce qui est prioritaire, ce qui ne l’est pas et ce qui doit être renoncé.
Un comité efficace est celui qui prend en charge les conséquences organisationnelles de ses décisions. Lorsqu’un budget est réduit, il anticipe les impacts sur les équipes. Lorsqu’une priorité change, il clarifie ce qui passe au second plan. Il ne se contente pas de décider, il assume la structuration que ses décisions produisent.
Cette posture demande du courage managérial. Elle suppose de sortir d’une logique de protection individuelle pour entrer dans une responsabilité collective. Le comité devient alors un véritable espace de régulation stratégique, où les enjeux sont traités au bon niveau, au lieu d’être déportés silencieusement vers l’opérationnel.
Dans cette configuration, le chef de projet change également de place. Il ne vient plus chercher une validation de façade, mais un cadre clair. Le comité devient un point d’appui, un espace où les tensions sont traitées, où les arbitrages sont explicités. La relation se rééquilibre : le projet cesse d’être porté par un individu isolé et devient réellement soutenu par la gouvernance.
En définitive, le rôle réel d’un comité de pilotage ne se mesure pas à la qualité des supports présentés, mais à la nature des décisions prises. Là où les arbitrages sont assumés, la gouvernance renforce le projet. Là où ils sont évités, elle fragilise l’ensemble du système.
Un comité de pilotage n’est pas un décor organisationnel. C’est un lieu de pouvoir. Et comme tout lieu de pouvoir, il révèle ce que l’organisation accepte – ou refuse – réellement de décider.







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