Valider n’est pas arbitrer
- Erwan Hernot

- 8 janv.
- 2 min de lecture

Quand les comités de pilotage évitent les vraies décisions
Dans de nombreuses organisations, le comité de pilotage est présenté comme l’instance suprême de gouvernance projet. C’est là que devraient se prendre les décisions structurantes, que devraient s’arbitrer les priorités, que devraient être assumés les renoncements. Sur le papier, le rôle est clair. Dans la réalité, le fonctionnement est souvent très différent.
Beaucoup de comités ne décident pas réellement. Ils valident. Ils entérinent des choix déjà faits ailleurs. Ils donnent une caution collective à des orientations qui ne sont plus discutées. Le comité devient alors un rituel organisationnel plus qu’un lieu de pouvoir effectif.
Des décisions déjà prises en amont
Les dossiers arrivent en comité déjà cadrés. Les options alternatives ont été écartées en amont. Les choix ont été négociés dans des cercles informels, parfois bilatéraux. En séance, on présente une solution « prête à l’emploi ». Les membres posent quelques questions, demandent des précisions, mais évitent les sujets sensibles.
Le comité ne tranche pas, il confirme. Il sécurise formellement des décisions déjà verrouillées. L’arbitrage, au sens fort, n’a plus lieu.
L’évitement décisionnel collectif : valider plutôt qu'arbitrer
Arbitrer, c’est créer des gagnants et des perdants. C’est redistribuer des ressources, remettre en cause des équilibres politiques, assumer des tensions. Or les membres du comité portent eux-mêmes des enjeux de pouvoir, de budget, de carrière.
Plutôt que de s’exposer, beaucoup préfèrent maintenir un consensus de façade. On évite les conflits ouverts. On fragmente les sujets. On renvoie les arbitrages difficiles vers l’opérationnel. Le comité devient un espace de protection individuelle plus qu’un lieu de responsabilité collective.
Ce que cela change pour les chefs de projet
Faute d’arbitrages explicites, la complexité est transférée vers les chefs de projet. Ils doivent gérer les contradictions, les manques de ressources, les injonctions paradoxales. Ils arbitrent sans mandat clair, tout en restant comptables des résultats.
Le projet avance malgré tout, grâce à leur capacité d’absorption. Cela donne l’illusion que le système fonctionne, alors qu’il repose sur un déséquilibre profond.
Valider n’est pas arbitrer. Un comité de pilotage qui se contente d’entériner des choix déjà faits renonce à son rôle stratégique. Il devient un décor organisationnel rassurant, mais peu utile.
Un comité efficace est celui qui accepte le conflit constructif, rend visibles les tensions et assume les renoncements. C’est à ce prix que la gouvernance renforce réellement les projets.







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