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L'IA facilite la décision managériale quand on ne sait pas

  • Photo du rédacteur: Erwan Hernot
    Erwan Hernot
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture
Outiller et faciliter la décision managériale
Faciliter la décision managériale quand on ne sait pas

Pourquoi on attend trop


Dans de nombreuses organisations, la décision est souvent retardée. Non par manque d’enjeux mais au contraire parce qu’ils sont trop importants. Les managers hésitent d’abord par peur de l’erreur. L’échec est encore trop souvent assimilé à une faute personnelle plutôt qu’à un apprentissage organisationnel. Cette culture punitive installe un réflexe de prudence excessive qui conduit à différer les arbitrages.

À cela s’ajoute le manque d’information. Plus une situation est complexe, plus les données semblent incomplètes, contradictoires ou instables. Beaucoup attendent alors « le chiffre de trop », l’étude complémentaire, l’élément censé lever toute ambiguïté. Ce moment n’arrive jamais. L’incertitude est structurelle, pas conjoncturelle.

Enfin, la pression politique joue un rôle majeur. Décider, c’est prendre position. C’est exposer son jugement au regard des autres, assumer un choix qui peut déplaire, créer des gagnants et des perdants. Dans les organisations très hiérarchisées ou fortement politisées, différer une décision devient parfois une stratégie de protection personnelle.


Dans l'incertitude, l'IA facilite la décision managériale


Décider sous incertitude, ce n’est pas chercher la bonne réponse dans un environnement flou. C’est accepter que la réponse parfaite n’existe pas. Comme le montrent Marchau, Walker, Bloemen et Popper (1), certaines décisions doivent être prises alors même que l’on ne connaît ni toutes les options, ni leurs conséquences, ni même les probabilités associées aux différents scénarios.

Décider dans ces conditions suppose d’accepter l’incomplétude de l’information. Il ne s’agit plus de « tout savoir » avant d’agir, mais de juger avec ce que l’on sait, en pleine conscience de ce que l’on ignore. Le raisonnement change de nature. On ne cherche plus une solution optimale, mais des options robustes, capables de tenir dans plusieurs futurs possibles.

Cela implique de raisonner en scénarios plutôt qu’en prévisions. On n’essaie pas de deviner ce qui va arriver, mais d’explorer plusieurs trajectoires plausibles. On teste la solidité d’une décision face à des hypothèses différentes, parfois contradictoires. On ne supprime pas le risque, on apprend à le gérer.

Dans ce cadre, l’IA peut jouer un rôle utile, à condition d’être utilisée avec discernement. Elle aide à produire une décision managériale. C'est à dire à structurer l’incertitude en organisant des masses d’informations hétérogènes. Elle permet d’explorer rapidement un grand nombre d’options, de simuler des impacts possibles, d’identifier des signaux faibles. Elle ne décide pas à la place du manager, mais elle élargit le champ de réflexion et réduit certains angles morts.


Ce qui nous piège collectivement dans la décision


Plusieurs biais cognitifs et dynamiques sociales déforment notre capacité à décider. Les cascades d’information en sont un exemple frappant. Lorsqu’un individu manque d’informations, il a tendance à imiter ceux qui semblent savoir. Ce conformisme est souvent efficace, mais il peut devenir dangereux lorsque tout le monde converge vers la même erreur. La cascade de réputation fonctionne différemment. On adopte alors l’opinion majoritaire pour éviter le coût social d’une contestation. On ne pense plus en fonction du vrai, mais du socialement acceptable.

Dans les réunions, l’effet d’ancrage est redoutable. Les premiers à prendre la parole, surtout s’ils sont argumentés, influencent fortement la suite des échanges. Ceux qui disposent de peu d’informations s’alignent. La décision collective se fige très tôt, parfois autour d’une mauvaise solution simplement plus facile à comprendre.

Contrairement à une croyance répandue, la diversité des points de vue n’est pas toujours supérieure à la compétence d’un individu. Un expert peut trouver la bonne solution et être ensuite « noyé » par un groupe qui converge vers une option plus rassurante, mais erronée. La majorité n’est pas toujours synonyme de justesse.

Nous sommes aussi victimes de notre mauvaise intuition des probabilités, de la négligence de la taille des échantillons, de l’heuristique de représentativité, ou encore du biais de division qui consiste à découper un problème en sous-parties sans jamais revenir à la vision d’ensemble.

Enfin, notre rationalité est structurellement limitée. Nous sommes limités dans le temps et l’espace, enfermés dans un présent immédiat. Nous sommes limités culturellement, car nous interprétons toute information à travers nos représentations préalables. Nous sommes limités cognitivement, car notre capacité de traitement est finie alors que la complexité des problèmes modernes ne l’est pas.


Exemples concrets


Prenons le cas d’un choix de projet sans ROI clair. Faut-il lancer un programme d’innovation dont les bénéfices sont incertains mais potentiellement structurants pour l’avenir de l’entreprise ? Attendre des chiffres précis revient souvent à renoncer de facto. Décider sous incertitude consiste ici à raisonner en scénarios : que se passe-t-il si le projet réussit partiellement, totalement, ou échoue ? Quels sont les apprentissages dans chaque cas ? Quelle option est la plus robuste face à plusieurs futurs possibles ?

Autre situation fréquente : un arbitrage budgétaire incertain. Faut-il investir dans la formation, la technologie, le recrutement ? Aucun choix n’est « objectivement » meilleur. Le manager doit alors expliciter ses hypothèses, accepter qu’elles puissent être fausses, et choisir l’option la plus cohérente avec la stratégie globale plutôt que celle qui minimise simplement le risque immédiat.


Outiller et faciliter la décision managériale


Dans la pratique, plusieurs outils peuvent soutenir ce type de décision. La matrice risques/opportunités permet de sortir d’une vision uniquement défensive. Chaque option est analysée non seulement en termes de dangers, mais aussi de potentiel stratégique.

La comparaison de scénarios oblige à penser en futurs multiples plutôt qu’en prévisions linéaires. On teste les décisions face à des hypothèses contrastées, ce qui renforce leur robustesse.

Enfin, la logique de décisions réversibles est particulièrement puissante. Certaines décisions peuvent être corrigées, ajustées, voire annulées. Les identifier permet d’agir plus vite, sans attendre une certitude illusoire. Ce qui est irréversible mérite plus de temps. Le reste peut être expérimenté.


Décider n’est pas prévoir, c’est assumer l’incertitude. C’est accepter que le réel ne se plie pas à nos modèles, que l’information restera incomplète, que le futur résistera toujours à nos projections. Le rôle du manager n’est pas de supprimer cette incertitude, mais de la traverser avec lucidité, méthode et courage.

Dans un monde instable, le leadership ne consiste plus à afficher des certitudes, mais à créer les conditions d’une décision responsable malgré le doute.


(1) Marchau, Walker, Bloemen et Popper Decision Making under Deep Uncertainty,

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