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​Alignement stratégie – transformation – management

Pourquoi les changements échouent moins par manque de méthode que par refus de regarder la réalité organisationnelle

Cette page s'inscrit dans l'ensemble "Management du quotidien"

Le changement n’est pas en crise

La manière dont les organisations le pensent, oui. Depuis plus de soixante-dix ans, les organisations n’ont cessé de produire, raffiner et renouveler des modèles de conduite du changement. Des approches fondatrices de Kurt Lewin aux frameworks contemporains intégrant communication, engagement, formation et sponsoring, la littérature est abondante, structurée, outillée.

Pourtant, un constat demeure remarquablement stable : les changements stratégiques continuent d’échouer massivement, ou de produire des résultats très en deçà des intentions affichées. Cette page part d’une conviction simple, issue à la fois de la recherche, de la pratique et de l’observation du fonctionnement réel des organisations : les échecs du changement ne s’expliquent pas par un déficit de méthodes mais par une lecture naïve — parfois complaisante, parfois cynique — de ce que le changement engage réellement.

 

Une histoire riche… et un angle mort persistant

L’histoire de la conduite du changement montre une chose incontestable : les organisations ont beaucoup appris.

Elles sont passées de modèles séquentiels et rationnels (décristalliser – changer – recristalliser) à des approches centrées sur l’adoption individuelle. Puis elles sont allées vers des démarches plus participatives, expérientielles, centrées sur l’engagement, jusqu’à des frameworks intégrant leadership, communication, formation, mesure et renforcement. Les outils se sont multipliés. Les rôles ont été clarifiés. Les “bonnes pratiques” ont été codifiées.
Et pourtant, le noyau du problème reste étonnamment intact. Pourquoi ? Parce que la plupart de ces approches partagent un postulat implicite rarement interrogé : si le changement est bien expliqué, bien accompagné et bien outillé, alors les acteurs finiront par s’aligner.

Ce postulat est intellectuellement rassurant. Il est aussi largement contredit par les faits.

 

Le changement réel n’est pas un problème d’adhésion

c’est un problème d’intérêts, de pertes et d’arbitrages

Dans les organisations, le changement n’est presque jamais neutre. Il modifie des périmètres de pouvoir, des équilibres politiques, des zones de légitimité, des trajectoires professionnelles, es identités construites parfois sur plusieurs décennies. Présenter ces transformations comme de simples évolutions techniques ou organisationnelles relève soit de la naïveté, soit de la duplicité.

Les acteurs le savent. Ils perçoivent très tôt ce qu’ils risquent de perdre, ce qu’ils sont sommés d’abandonner, ce qui est volontairement laissé flou et ce que la direction ne tranche pas. C’est ici que beaucoup de démarches de changement deviennent contre-productives : elles parlent d’adhésion là où il faudrait parler de choix, elles parlent de sens là où il faudrait parler de renoncements, elles parlent d’accompagnement là où il faudrait assumer des arbitrages.

La résistance n’est pas une pathologie

c’est souvent un signal organisationnel

Une grande partie de la littérature managériale continue de traiter la résistance comme un problème à résoudre : peur du changement, routines, conservatisme, biais cognitifs. Cette lecture est incomplète. La résistance est souvent une réaction rationnelle à une perte non reconnue, une réponse à des injonctions contradictoires et une forme d’intelligence organisationnelle, quand les acteurs perçoivent ce que la gouvernance refuse de regarder.

Chercher à “traiter” la résistance sans interroger ce qui la produit revient à soigner les symptômes en laissant intactes les causes. Pire : cela installe une défiance durable, car les acteurs comprennent très vite que l’on cherche à les faire changer sans dire ce qui change vraiment pour ceux qui décident.

Le mythe du changement maîtrisé

La plupart des dispositifs de conduite du changement reposent sur une croyance centrale : le changement serait planifiable, pilotable et séquençable, à condition de disposer des bons outils. Cette croyance entre en collision avec la réalité des organisations contemporaines :

  • environnements instables,

  • transformations multiples et simultanées,

  • projets transverses sans autorité claire,

  • arbitrages différés ou jamais assumés,

  • gouvernances fragmentées.

Dans ce contexte, le changement ne se déroule pas selon un plan. Il émerge, se déforme, se négocie, se bricole, parfois se délite. Les approches les plus lucides ne cherchent plus à “piloter” le changement, mais à rendre visibles les tensions, nommer les contradictions, outiller la décision plutôt que la communication, soutenir les managers pris entre injonctions stratégiques et réalités opérationnelles.

Dire la vérité : un acte managérial sous-estimé

Dire la vérité dans un changement ne signifie pas tout dire, ni tout promettre. Cela signifie ne pas travestir la réalité. C’est par exemple reconnaître que certains arbitrages ne sont pas encore tranchés, admettre que tout le monde ne sortira pas gagnant. C'est encore expliciter ce que la direction est prête — ou non — à remettre en cause. C'est enfin assumer les zones d’incertitude au lieu de les masquer sous des discours mobilisateurs. Les acteurs ne demandent pas des récits parfaits. Ils demandent de la cohérence, de la clarté et du respect intellectuel. Contrairement à une idée répandue, la vérité coûte souvent moins cher que la mise en scène. Elle génére moins de cynisme et moins de désengagement passif. Il y a moins de résistances silencieuses et moins de stratégies de contournement.

Le rôle clé des managers : interprètes, pas relais

Dans la plupart des transformations, les managers intermédiaires sont placés dans une position intenable. On leur demande d’incarner un changement qu’ils n’ont pas co-construit, de rassurer sans disposer des marges de manœuvre, de maintenir la performance tout en absorbant l’instabilité. Les approches naïves les transforment en relais de communication. Les approches matures les reconnaissent comme ce qu’ils sont réellement : des interprètes de la stratégie dans des contextes contraints et ambigus.

Leur rôle n’est pas de faire “adhérer”, mais de traduire, arbitrer localement, réguler les tensions, maintenir un minimum de continuité dans le chaos. Toute démarche de transformation sérieuse commence donc par une question simple : les managers ont-ils réellement les moyens d’assumer ce rôle ?

Une autre posture face au changement

Chez Clava Consulting, nous ne proposons pas une méthode de plus. Nous travaillons sur ce que beaucoup de démarches évitent : la lucidité stratégique, la qualité de la gouvernance réelle, la capacité à décider et à assumer, la maturité managériale face à l’incertitude.

Accompagner un changement, ce n’est pas rendre l’organisation confortable. C’est l’aider à cesser de se raconter des histoires. C’est accepter que le changement soit conflictuel, imparfait, politiquement situé, humainement coûteux.

Et c’est précisément pour cela qu’il mérite d’être traité avec sérieux.

 

Pour aller plus loin avec les pages :

Gouvernance et décisions de transformations

Résistances, jeux d'acteurs et vérité organisationnelle

Managers et chefs de projet face aux transformations

 

Des modèles parfaits à la gestion réelle du changement
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